Le rappeur Talib Kweli a profité d’une interview pour s’exprimer sur la nouvelle forme d’esclavage que représentent les prisons américaines.

Le système pénitencier américain détient plus de noirs aujourd’hui qu’il n’y en avait sous le joug de l’esclavage en 1850. Le taux disproportionné de noirs et hispaniques emprisonnés est une preuve de la justice de race et de classe américaine qui n’en a pas fini avec cet esclavage moderne que vivent des dizaines de millions de personnes. Alors que les noirs représentent 13.6% de la population américaine, ils comptent pour 40.2% de la population carcérale et le nombre de femmes noires emprisonnées est celui qui augmente aujourd’hui le plus rapidement.

Talib Kweli qui malgré son relativement faible succès commercial est respecté dans la scène underground a toujours été connu pour son franc parler surtout lorsqu’il est invité sur des plateaux télés. En Aout dernier, alors qu’il était venu montrer sa solidarité aux habitants de Ferguson, il avait menacé de quitter une interview en direct sur CNN parceque l’interviewer (Don Lemon) le coupait alors qu’il tentait d’expliquer que la couverture médiatique de Ferguson par la chaîne et les médias dominants était loin de reporter la vérité sur ce qui se passait lors des manifestations.

De passage sur RT, la deuxième moitié de Black Star a répondu à plusieurs questions expliquant notamment qu’il ne vote pas parceque pour lui « le vote n’est pas ce qu’il prétend être, il n’a pas de réelle influence étant donné qu’on ne connait pas toutes les relations et influences des candidats » et que « il préfère utiliser son énergie politique dans des initiatives populaires et dans l’activisme de masse. » Quand on sait que beaucoup de rappeurs afro américains s’étaient investit dans la campagne « vote or die » on comprend pourquoi cette prise de position lui a valu des campagnes de boycott. Le raptiviste précise toutes fois que « il a voté par le passé et votera peut être encore dans le futur mais ne fait pas parti de ces gens qui pensent qu’il faille voter tout le temps parce que des hommes et des femmes sont morts pour le droit de vote. » Il faut toutes fois noter qu’aux USA dans certains comtés les juges, les chefs de police, les  membres des commissions scolaires, les  procureurs etc… peuvent être élus par la population, et certaines lois sont votées aux suffrage universel, ce qui peut rendre utile le fait d’aller voter.

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Parlant ensuite spécifiquement du complexe prisons-industries aux USA, le « Chercheur » s’est exprimé sur les dangers d’un système pénitencier privatisé et de son travail avec des détenus dont certaines preuves les innocentaient et avec des prisonniers politiques (généralement des anciens membres des mouvements de libération afro américains).

Expliquant comment il a été éduqué a rendre à la communauté qui lui a permis de devenir qui il est, le mc de Brooklyn s’est rendu compte que la prison et surtout le complexe industriello pénitencier était l’un des plus grands siphonneur de jeunes noirs de la société. Il dit être plus proche de ce genre de combat qui lui tient à coeur, et que ça semble être le genre de problème qu’on peut toucher directement avec de l’activisme politique ou des mouvements de masse.

En fait, si on regarde de plus près, il existe aux USA ce qu’on appelle le school to prison pipeline (canalisation de l’école à la prison) c’est-à-dire que les jeunes issus de quartiers défavorisés fréquentent des écoles publiques sous financées, aux programmes et structures de soutient démantelés, ce qui pousse les élèves au décrochage et les jette directement dans le système correctionnel américain. Tandis que ceux qui survivent et passent entre les mailles du filet terminent le plus souvent dans des emplois précaires… Dans ce genre de quartiers, avoir une activité criminelle, c’est comme postuler dans la seule entreprise du quartier qui est prospère. C’est ainsi que certains passent du ghetto a la prison puis de la prison au ghetto  avec un casier judiciaire qui ne leur permet pas de bénéficier de   certains soins, rend difficile l’accès à un emploi et à la plupart des bourses universitaires, et même aux logements sociaux. C’est ainsi que les conditions sont vites réunies pour repasser du ghetto a la prison.

La population noire est disproportionnellement représentée en prison et c’est généralement pour des affaires relatives à la drogue, pourtant celle-ci consomme autant de stupéfiants que les autres franges de la population. Pendant l’ère Reagan (dans la lignée de Nixon) qui instaura la pleine plancher de 30ans à la troisième récidive, un prévenu jugé pour la possession de 500g de cocaïne (prisée dans les milieux aisés) était traité avec la même sévérité qu’un prévenu en possession de 5g de crack (principalement consommée dans les communautées noires pauvres parceque beaucoup moins chère mais il s’agit de la même molécule que la cocaïne). Avec l’arrivée des méthamphétamines (speed, autre drogue bon marché) les populations blanches et pauvres remplissent elles aussi de plus en plus les prisons. Il faut comprendre aujourd’hui que cette guerre contre la drogue -qui sert à criminaliser des communautés, n’est pas efficace mais si elle continue c’est qu’elle rapporte à quelqu’un– menace tous les américains. Personne ne s’imaginait que les longues peines qu’on infligeait aux afro américains allaient aussi frapper les autres communautés. Notons ici qu’un ancien détenu n’a pas le droit de vote ce qui diminue le poids des votes dits noirs ou des classes populaires.

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Aux USA les prisons sont faites pour faire du profit, un petit groupe de gens s’enrichit en emprisonnant des gens en vendant du matériel de sécurité, en organisant le transport des prisonniers, en fournissant nourriture, habits et soins aux  détenus,  ainsi que  via le travail et les emplois que les prisons créent dans certaines villes. D’où la nécessité pour certains de les garder pleines.  En Oklahoma par exemple, la prison est le premier employeur de l’état et en période de restriction budgétaire on préfère investir dans des barrières, des menottes et autres instruments de répression plutôt que dans des programmes de réhabilitation. Mais les prisons sont surtout le lieu d’une main d’œuvre bon marché, un paradis pour les employeurs car les prisonniers ne sont pas assurés, sont payés moins que le salaire minimum, n’ont pas le droit de faire de grève et sont toujours à l’heure … En Californie par exemple, où les prisonniers sont utilisés pour combattre les feux de forêts, il est demandé aux tribunaux de ne pas accorder de libération conditionnelle aux prisonniers parce que l’état qui paie les détenus moins de 2$ par JOUR perdrait près d’un milliard de dollars qu’il économise sur leurs dos.

Pour le raptiviste, les USA « C’est un pays qui s’est construit et enrichit à travers le travail des esclaves. C’est un peu la colonne vertébrale de ce pays, nous avons un système de valeurs interne qui glorifie le fait de ne rien donner aux gens et de tout leur prendre. Et c’est comme ça qu’on est devenu le plus grand pays du monde. Quand l’esclavage a été aboli les USA ont naturellement remplacé l’ancien système. Le fait que ce sont surtout des noirs qui ont affaire au système pénitencier n’est pas du tout une coïncidence. » Les prisons enlèvent le travail inexploitable de la société (généralement issus des tranches les plus pauvres) et le transforme en travail pénitencier extrêmement rentable. Le racisme du système judiciaire vient de la domination historiquement construite (par l’esclavage et la colonisation), basé sur des privilèges et des discriminations en fonction de la race qui n’existe pas biologiquement mais est une construction sociale qui peut être basée sur plusieurs caractéristiques : couleur de peau, religion, culture, langue, accent…

L’exploitation de la main d’œuvre pénitentiaire est dans la continuation de la tradition de l’esclavage. C’est ce qu’on appelle le nouveau Jim Crow en référence aux lois ségrégationnistes qui sévissaient principalement dans les Etats du Sud. Le terme académique a été développé par Michelle Alexander mais est vécu dans sa chair et dans son coeur par chaque personne issus d’un quartier populaire.

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Que pensez vous de la prise de position de Talib Kweli sur le système pénitencier vote,

Est ce que vous pensez que voter est utile ou avez vous vous aussi bruler votre carte électorale??  Vivant en Belgique, pour moi le vote (du législatif uniquement) est obligatoire, mais je ne me fais aucune illusion sur la démocratie parlementaire à l’européenne (dis ce que tu veux mais fais ce que je te dis). Coluche disait « si voter pouvait changer quelque chose ça fait longtemps que ça serait interdit »… on voit ce que sa candidature à l’élection présidentielle lui a coûté…  derrière le clown se cachait un homme plein de vérité!

 

 

source : Talib Kweli Examines American Prison-Industrial Complex (HipHop Dx)

 

Eléctoralement et judiciairement votre

Shimikal

Que pensez vous de l article ?