Depuis quelques années les clashs et la division règnent dans le rap français. Booba en tête qui se clash contre des artistes comme Rohff et La Fouine. Ce manque d’unité chez les rappeurs français est donc la troisième raison de notre série : Pourquoi le rap français va mal.

Il y a 15 ans le rap français se portait très bien. La raison principale, était que les très gros artistes médiatisés et vendeurs n’hésitaient pas à faire des featurings entre eux. Résultat on a eu le droit à quelques classiques comme ces titres :

À cette époque il y a avait aussi des collectifs fort comme Le Secteur Ä, la Mafia K1kfry ou Time Bomb. Enfin à cette époque les gros artistes n’hésitaient pas à mettre en avant des jeunes poulains aux dents longues pour mettre la lumière sur eux (Exemple avec Rohff sur le titre de Première classe)

Aujourd’hui cette unité est finie et a laissé place aux clashs !

Les gros vendeurs Booba, La Fouine, Rohff, Kaaris préfèrent se clasher au lieu de faire de gros featurings ensemble ou d’organiser des tournées de haut niveau.

Pourtant les featurings sont primordiaux pour le rap, et ils sont nécessaires pour la survie d’un artiste (sauf les très gros vendeurs) pour les raisons suivantes :

1. Faire un featuring oblige les artistes à se surpasser

Quand deux artistes posent sur un seul titre, il y a toujours cet esprit de compétition qui est là. L’un n’a pas envie de se faire bouffer par l’autre. spécialement celui qui invite. Résultat les artistes se surpassent pour ne pas paraitre ridicule. Cette compétition saine permet donc bien souvent aux artistes de sortir de gros titres et parfois même des classiques.

2. Faire des featurings permet de rester dans l’actualité sans se faire oublier du public

Ce n’est pas pour rien que l’on voit souvent Drake, Rick Ross ou Lil Wayne faire régulièrement des featurings. Cela leur permet de rester dans l’esprit des fans. Surtout à l’heure d’internet ou la productivité est primordiale, il faut que les artistes fassent régulièrement des feautrings pour garder leur buzz intact. Enchainer les collaborations avec différents artistes permet de diversifier ses titres et donc d’éviter de se faire oublier (Drake est très fort à ce niveau car il est capable de faire un featuring  gangsta avec YG, et enchainer sur un autre beaucoup plus posé comme celui qu’il a fait dernièrement avec sa nouvelle signature Makonnen).

Les tournées communes sont aussi très importante pour les raisons suivantes :

1. Ça permet de remplir les salles

Aujourd’hui il est très difficile pour les artistes de rap français de remplir des salles à eux tout seul. Il faut donc que les artistes ayant une bonne fan base multiplient les tournées en commun afin d’attirer un maximum de public . Aux USA, les tournées entre plusieurs rappeurs se font très souvent. On a dernièrement eu par exemple la Under Influence Tour où on retrouve Wiz Khalifa, Young Jeezy,Ty Dolla Sign,Rich Homie Quan et d’autres.

Même les grosses pointures comme J.Cole invite à leur concert d’autres grosses pointures comme Drake et Kendrick Lamar.

2. Les concerts sont la principale façon de gagner de l’argent pour les artistes

Depuis que le téléchargement est arrivé, les ventes de disques ne rapportent quasiment plus rien aux artistes. Ce sont leurs shows qui représentent le plus gros de leurs revenus. C’est pour ça qu’on voit par exemple des gros artistes US multipliés les tournées, et venir plus souvent en Europe. Il faut que les rappeurs français s’unissent et partent en tournée ensemble s’ils veulent continuer à vivre correctement de leur art (et en plus ça ne peut que faire kiffer les fans :) )

L’unité est donc primordiale pour que le rap continue de rester une musique qui prospère.

Alors quel est le problème des rappeurs français ? Pourquoi avons nous ce manque d’unité ?

Je vois plusieurs raisons :

1. L’égo

Déjà être un artiste implique bien souvent d’avoir de l’égo. Mais dans le rap français, l’égo de beaucoup d’artistes semble surdimensionné. J’ai entendu plusieurs fois des artistes sortir des phrases du type :

‘J’ai pas envie qu’on me prenne pour un lèche c*’

ou

‘J’ai pas envie d’être pris pour son petit’

ou

‘Je n’ai pas envie de partager avec les autres car moi personne ne m’a aidé’

C’est à cause de ce genre d’idées que beaucoup de rappeurs français ont du mal à s’organiser pour travailler ensemble. Au contraire aux USA ils savent parfois ravaler leur fierté et leur égo pour atteindre un objectif plus important à leurs yeux :

Les $$$$$$

Rick Ross l’explique très bien dans une interview qu’il a faite après s’être réconcilié avec son ancien ennemi Young Jeezy. Le Boss de MMG a justifié sa réconciliation avec Jeezy avec les mots suivants :

« C’est plus grand que Rick Ross, c’est plus grand que Young Jeezy, on l’a fait pour la culture. Allons faire cet argent. »

Et : « Il faut être un homme pour faire la guerre. Mais il faut être un grand homme pour ramener la paix. »

Alors la vision américaine des choses n’est pas forcément parfaite, car elle engendre aussi pas mal d’hypocrisie, mais on ne peut que constater l’efficacité de leur vision puisque cela permet aux artistes de faire plus de buzz positif, de gagner de l’argent et d’offrir aux fans des gros sons ou des grosses tournées de qualité.

2. Le manque de loyauté

Il y a clairement un gros manque de loyauté entre les rappeurs. Le meilleur exemple étant Booba et Kaaris. Bien que nous ne connaissons pas les dessous de leur clash, en ayant une vision extérieure il n’y a globalement que deux explications possibles :

  • Booba a pris peur en pensant que Kaaris pouvait lui faire de l’ombre
  • Kaaris  (ou Therapy) a pensé qu’il n’avait plus besoin de Booba et a choisi de s’en détacher pour voler de ses propres ailes

On a eu le même cas entre La Fouine et Green Money. Ces situations n’encouragent pas les gros artistes à mettre en avant des artistes moins côtés. Encore une fois cela peut être lié à l’égo puisque l’artiste moins coté peut se dire :

‘J’ai pas envie de rester son poulain et faire le suceur il faut que je fasse mes propres affaires’

Ou le gros artiste qui se dit :

‘Je peux pas laisser ce gars me voler la vedette. Je ne veux pas prendre le risque qu’il me dépasse un jour et perdre de la notoriété.’

Si on compare avec les USA même si les clashs arrivent aussi là-bas, ils finissent souvent par se réconcilier car ils voient the bigger picture.

C’est à dire faire de l’argent ensemble, et faire avancer la culture !

Le meilleur exemple en ce qui concerne la loyauté est bien sûr la relation entre Lil Wayne et ses 2 poulains Drake et Nicki Minaj. Aujourd’hui ces deux-là sont des superstars, et pourraient bien décider d’être déloyaux en quittant le Ymcmb. Mais ils sont encore bien présents et permettent non seulement à Lil Wayne et Birdman d’engranger les millions, de rester dans l’actualité, et à Weezy de profiter de la popularité de ses 2 poulains pour faire de gros featurings pour Carter V.

Alors on pourrait se dire que les américains ont tout compris, et que comme d’habitude les français ont 10 ans de retard.

Et bien pas tout à fait

Vous ne l’avez peut-être pas remarqué, mais chaque exemple que j’ai pris pour parler de la vision des américains, était des artistes venant du Sud. Rick Ross, Jeezy, Lil Wayne. Car en réalité il y a bien une ville américaine qui vit exactement les mêmes problèmes que le rap français.

New York !

 Jusque dans les années 2000 il était inimaginable de parler hip hop sans mentionner la Big Apple. Mais si aujourd’hui en 2014 le rap est dominé par le sud, c’est parce que  les New Yorkais ont perdu cette unité, se sont beaucoup clashé entre eux etc… Et un homme est souvent tenu responsable pour la chute du rap made in New York : 50 CENT. En effet 50 s’est imposé en clashant tous les artistes de New York à commencer par Ja Rule, Nas et Fat Joe. 50 Cent a gagné dans ses clashs et a été supporté par tout New York, mais le prix à payer a été la fin du règne de NYC sur le monde du hip hop au profit du sud qui est beaucoup plus uni.

Aujourd’hui 50 cent parle beaucoup de cette situation, et pourquoi il a été obligé de clasher les autres pour s’imposer. Exemple avec cette interview (écouter entre le début et jusqu’à 5min)

pour ceux qui ne sont pas à l’aise avec la langue de Shakespeare 50 dit pour résumer :

« J’ai été obligé de faire ça car personne ne m’aimait à New York. Je n’ai même pas été signé par des gens de New York Eminem est de Detroit, et Dre est de la West Coast. Alors quand j’étais le challenger j’ai clashé tout le monde, et quand j’ai percé je n’ai aidé personne car personne ne m’avait aidé. »

Pour conclure cette épisode je dirais ceci : En réalité  le problème du manque d’unité ne se situe pas à l’ensemble du rap français. On a récemment vu par exemple ce gros featuring  :

Et la nouvelle génération semble aussi mieux s’entendre puisqu’on a eu le droit à de bon featurings comme celui là par exemple :

ou des gros freestyles comme celui-ci :

En réalité le manque d’unité se situe entre les gros vendeurs (Booba, Rohff et La Fouine), et ce manque d’unité s’explique par le fait que cette génération à été victime d’une chose :

 Le syndrome 50 Cent !

Comme vous l’avez vu plus haut, 50 Cent est en grande partie responsable de la fin du règne de New York. Et  Booba, Rohff et La Fouine sont de la génération 50 Cent. Et c’est bien connu que Booba s’est beaucoup inspiré de 50 Cent pour gérer sa carrière. B2o a donc suivi le même concept que 50 en clashant tout le monde. Même aujourd’hui son comportement sur Instagram ressemble beaucoup à ce que fait 50. Et c’est cette génération 50 Cent qui domine le rap français aujourd’hui en terme de notoriété et visibilité médiatique.

Conséquence le rap français subit les mêmes problèmes que New York. Les gros de la génération 50 Cent continuent de se partager les grosses parts du gâteau, mais leur manque d’unité est en train d’enterrer le rap français médiatiquement. Et contrairement aux USA qui a vu voir un nouveau style de rap dominer et une nouvelle région prendre le pouvoir, le rap français est en train de se faire remplacer par d’autre genres de musiques comme :

  •  Le pop rap avec Maitre Gims et Team BS
  • Le rap caricature avec Swagg Man, Morsay etc…
  • Jul qui pour moi fait ce que fait Pitbull ou Florida aux USA, c’est-à-dire des hits bien accrocheur mais qui sont loin d’être du rap (Bon Jul le fait moins bien que Florida et Pitbull il faut l’avouer 😀 )

Fin du 3ème épisode.

 

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[Mise à Jour]  Vous pouvez retrouver tous les articles de la série en cliquant ici : Bstar Pourquoi le Rap Français Va Mal

About Bous

Créateur du site Bstar. Passionné de sport, musique, et développement personnel. Adage préféré : Vie tes rêves au lieu de rêver ta vie !
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