Dr Dre, Pharrell, Timbaland, Dj Premier, Dj Mustard. Aux USA les beatmakers sont essentiels pour la réussite d’un rappeur. Par contre en France, on connait très peu de beatmakers qui ont une notoriété aussi grande que les artistes eux même. Cette situation n’expliquerais t-elle pas en partie pourquoi le rap français val mal aujourd’hui ?

L’homme le plus riche du hip hop est un beatmaker, l’artiste hip hop qui a eu le plus de succès cette année est à la base un beatmaker (Pharrell). Les beatmakers ont toujours eu une place primordiale dans la réussite des rappeurs US.

Dr Dre pour Snoop Dogg, 50 Cent, Eminem et Kendrick Lamar, Dj Premier pour Nas, Kanye West pour Jay Z, Timbaland avec Aaliyah (Rip) et Missy Elliott, Pharrell et les Neptunes avec presque tout le monde et plus récemment Dj Mustard pour YG ou Jallil Beats pour Meek Mill. Les beatmakers aux US ont  une place si importante qu’ils finissent bien souvent par acquérir leur propre notoriété, et en général ont une carrière bien plus prospère que les artistes. Le meilleur exemple aujourd’hui étant Young Chop qui continue de fournir les rappeurs en beats made in Chicago, alors que la carrière de Chief Keef semble proche de la fin.

Paradoxalement en France, les beatmakers ont très peu de reconnaissance. Seul le nom de Therapy me vient en tête quand je pense à un beatmaker français qui a une notoriété importante.

Pourtant les beatmakers sont primordiaux pour la réussite des rappeurs et voici pourquoi :

1. Les beatmakers sont les lanceurs de modes

Pour qu’un artiste puisse se démarquer des autres, il doit bien souvent venir avec un nouveau style de son. Et qui est le créateur de ce nouveau son ? Le beatmaker bien sûr ! On l’a vu dernièrement à quel point le beat du titre ‘Don’t Like’ de Chief Keef a permis au rappeur de Chicago d’exploser. Ce style de son appelé la Drill Music a surpris tout le monde, et a permis de lancer un nouveau style de rap. Encore plus récent le style de Dj Mustard  a permis à YG de devenir une star avec le titre My Nigga et a fait de Mustard le beatmaker le plus hot du moment, et qui depuis est responsable de beaucoup de hits.

Dj Mustard et la plupart de ses hits :

2. Les beatmakers peuvent agir comme des amplificateurs

Comme expliqué plus haut, aux USA les beatmakers deviennent souvent des célébrités. Cette situation est très avantageuse pour les artistes puisque le beatmaker peut utiliser sa notoriété pour booster les artistes avec qui il travaille. Si aujourd’hui un rappeur français totalement inconnu reçoit une prod de Dj Mustard vous pouvez me croire qu’il se fera entendre ! Si on prend le cas de la France, Kaaris  ne doit pas seulement son succès à Booba, mais aussi aux beatmakers Therapy qui sont les ‘beatmakers français’ et qui lui ont fourni des prods de haut niveau pour son album Or Noir. Booba d’ailleurs doit beaucoup son succès à Therapy et Animal Son qui lui ont toujours donné des prods qui nous ont tous fait saigner des oreilles.
Le beatmaker joue donc un rôle très important dans la carrière d’un artiste, puisqu’il permet non seulement à cet artiste d’exploser, mais aussi de rester dans le game puisque le beatmaker peut utiliser sa notoriété pour booster l’artiste en question.

Alors pourquoi les beatmakers en France n’ont pas de reconnaissance ?

Je vois plusieurs problèmes :

1. Les beatmakers français semblent manquer d’originalité

Sur Bstar.fr on reçoit assez souvent des mails de beatmakers nous demandant d’écouter leur travail. Et 9 fois sur 10 qu’est-ce qu’on entend ? Des beats trap. Parce que la trap est à la mode depuis un petit moment aux US, tous les beatmakers français se lancent dans la trap en espérant se faire remarquer et placer leur prods aux artistes. Certains font de très bon beat trap, mais ça manque d’originalité. Résultat difficile de faire la différence, de se faire remarquer et de placer une prod auprès des artistes de renommé.  Alors à qui la faute ? Est-ce parce que ce sont les rappeurs français qui demandent aux beatmakers français de suivre la tendance US ? Ou ce sont les beatmakers qui par manque d’originalité se lancent dans la mode américaine ?

Je ne connais pas la réponse, mais en tout cas ce n’est pas de cette manière qu’un beatmaker pourra s’imposer, ou qu’un artiste français à des chances de marcher. Même aux USA selon les régions, les beatmakers et les artistes n’ont pas le même style. Vous pensez que Dj Mustard aurait pu exploser s’il faisait les même beats que Young Chop ? ou Jallil Beats aurait explosé s’il faisait les mêmes beats que Lex Luger ? Évidemment non. Alors il faut que les beatmakers français prennent des risques, et que les rappeurs français soient assez ouverts pour prendre des risques s’ils veulent se démarquer.

Le meilleur exemple aujourd’hui est Joke et son beatmaker attitré Richie Beats. Joke ayant un style particulier, il a trouvé en Richie Beats un beatmaker lui proposant des beats originaux et qui calent bien avec son style de rap. Résultat Joke doit beaucoup sa notoriété actuel à son beatmaker, et Richie Beats commencent à se faire un nom auprès des fans. On peut penser aussi à Skread qui par son style original a permis à Orelsan de se démarquer de tout le monde.

2. Les beatmakers et les rappeurs doivent avoir un esprit plus business

Let’s talk about business ! Un beatmaker doit savoir ce qu’il veut. Soit il cherche à vendre ses beats au plus offrant, soit il cherche à acquérir sa propre notoriété comme les américains le font la plupart du temps. Selon ce qu’il cherche à faire, sa stratégie ne doit pas être la même.

Si le beatmaker veut vendre ses beats au plus offrant, il est normal que celui-ci cherche à placer ses meilleurs prods aux plus gros artistes possible, et prendre un maximum d’argent tout en essayant de se faire un nom dans le milieu. C’est aussi normal qu’il choisisse de donner sa prod  à bas prix ou même gratuitement aux gros artistes en espérant toucher de l’argent auprès de la SACEM si le titre devient un tube.

Par contre si le beatmaker veut acquérir sa propre notoriété, il doit réfléchir totalement différemment.

Premièrement, il doit prendre le risque de lâcher ses meilleurs prods, et les plus avant-gardistes à un artiste pas forcément hyper connu. Pourquoi ? Car bien souvent cet artiste lui fera de la pub, ou le laissera imposer son empreinte sur les titres (On connait tous le Mustard on the beat hoe, ou Jalil Beats Holla at Me), et lorsque cet artiste réalise un tube automatiquement le beatmaker augmente sa notoriété. Il peut aussi négocier avec l’artiste pour qu’il lui fasse de la pub sur les réseaux sociaux, ou dans ses clips par exemple.

On ne peut pas négocier ce genre de choses avec un gros artiste. Tout simplement parce que l’artiste a le choix entre beaucoup de beatmakers. C’est la base de tout business et la première chose que l’on apprend en cours d’économie :

La loi de l’offre et la demande !

Un beatmaker voulant se démarquer doit savoir faire des concessions et prendre des risques. Parfois vendre ses prods à bas prix, ou même gratuitement peut rapporter très gros à moyen long terme. Le beatmaker doit donc savoir ce qu’il veut.

3. La mauvaise relation entre les beatmakers et les rappeurs

Alors là c’est une question de mentalité. De ce que j’ai pu entendre,  un gros problème que l’on retrouve dans le rap français et le manque de loyauté entre les rappeurs et les beatmakers.

Un rappeur assez connu m’a dit un jour :

‘Nous on veut bien booster un beatmaker, mais après dès qu’il prend un peu de notoriété, il veut plus bosser avec nous, ou il va nous demander des tarifs de fou !’

Pareil pour le beatmaker qui va donner des prods à bas prix ou gratuit à un rappeur :

‘On donne des prods gratuites ou pas chère à des artistes, et  ils nous font pas de pub, on ne reçoit pas les royalties de la SACEM, ou l’artiste ne veut plus bosser avec nous dès qu’il peut avoir un beatmaker ayant plus de notoriété.’

Dans ces conditions impossible d’avancer, il faut que les beatmakers et les rappeurs soient plus professionnels dans leur approche et surtout il faut qu’ils aient une vision à LONG TERME. Lâcher ou négliger le rappeur ou le beatmaker qui t’a permis de monter c’est généralement faire une grosse erreur. Car le jour ou tu n’auras plus la côte, tu ne pourra compter sur personne pour t’aider à remonter.

Les beatmakers français et francophones ont du talent. Les américains eux l’ont bien compris puisque des beatmakers comme Ozhora Miyagi, Jo A ou Soufien 3000 travaillent avec des artistes comme Wiz Khalifa, ASAP Rocky ou Meek Mill….

Pour conclure cet épisode de notre série : Pourquoi le Rap Français va mal, On voit que nous retrouvons exactement le même problème que dans notre premier épisode qui concernait la mauvaise relation entre les rappeurs et les DJs.

Un manque d’originalité de la part des beatmakers (soit par leur propre faute ou celle des rappeurs), et un manque de vision business de la part des beatmakers et des rappeurs. Cette situation explique donc aussi pourquoi le rap français va mal aujourd’hui, et qu’il est difficile pour les artistes et les beatmakers de vivre à 100% de leur art.

Fin de l’épisode numéro 2

Alors qu’en pensez vous ?

Les beatmakers français ont-ils assez de reconnaissance ? Si non qu’est-ce qui doit changer ?

Ps : On vous rappelle quand même que notre article a pour objectif de susciter le débat, nous ne détenons pas la vérité absolue, mais nous faisons simplement que constater un problème en éspérant que nos articles aident à faire bouger les choses.

Ps numéro deux : Si vous avez kiffé l’article et que vous aimé le site Bstar faites une donation de 10euros pour faire vivre le site !Non blague à part likez simplement la page facebook c’est gratuit (Et en plus on y met pleins de trucs qu’on met pas sur le site :) )

[Mise à Jour] : Vous pouvez retrouver tous les articles de la série en cliquant ici : Bstar Pourquoi le Rap Français Va Mal

About Bous

Créateur du site Bstar. Passionné de sport, musique, et développement personnel. Adage préféré : Vie tes rêves au lieu de rêver ta vie !
Que pensez vous de l article ?