Salut à tous ! on avait promis que la série Pourquoi Le Rap Français va Mal était terminée. Mais le cas de Gradur était bien trop explicite pour ne pas en faire un épisode spécial !

Suis-je devenu un vieux con ?

Je me pose la question car à bientôt 27 ans je me sens complètement en décalage avec ce qui se passe dans le rap français. Je n’arrive toujours pas à me faire à l’idée qu’un Jul puisse vendre autant d’albums, qu’un Booba soit toujours autant adulé alors qu’il s’amuse plus aujourd’hui à faire le troll sur les réseaux sociaux qu’à faire de la bonne musique ou que les radios se disant hip hop passent sans arrêt de la pop rap.

Mais le succès de Gradur m’a tellement marqué qu’il m’a poussé à réfléchir.

En effet j’aurais  très bien pu faire un article avec le titre suivant : « Gradur : Comment un artiste aussi médiocre a pu atteindre un tel succès ?  » et de faire une dissertation expliquant pourquoi l’homme au Bob est un album de mauvaise qualité et que Gradur ne mérite pas son succès.

Mais cela aurait été trop facile et injuste.

Trop facile car un article de ce genre m’aurait garanti de faire ‘du buzz’, et injuste car Gradur est plus spectateur de son propre succès qu’une personne ayant formaté sa musique pour atteindre les sommets. Gradur n’a pas demandé à être là il n’y a donc aucune raison de le critiquer. Par contre on est en droit de se demander comment et pourquoi il a pu réussir bien que sa musique ne soit pas à la hauteur. Car il faut se rendre compte d’une chose :

Gradur est le premier à avouer qu’il est loin d’être un bon rappeur et qu’il est surpris par son succès. Lors d’une interview pour Noisey le journaliste lui pose la question suivante :

« Mon inspi sort de moi comme si j’avais lâché une crotte », « j’écris aux toilettes c’est mieux pour rapper de la merde », « avant je savais pas trop rapper, depuis rien n’a changé », « j’dis que d’la merde, nique sa mère, vas-y bouge la tête »… T’es un des rares à assumer ce côté facile dans ton rap.

Réponse de Gradur :

« C’est une volonté de ne pas me prendre au sérieux. Et c’est la vérité, je ne me prends pas la tête sur les textes. Je m’amuse, c’est tout. J’écoute une instru, et si ça me plaît, j’essaie de kicker. Plus vite c’est fait, mieux c’est pour moi. En studio, ça dépend, si je suis bien inspiré je peux faire 2, 3 sons très vite. Ça dépend de la disponibilité, parce que moi, je suis toujours en retard. Mais si l’ingé m’a booké de 22h à minuit, j’arrive à 23h et en 1h je finis le morceau. J’ai regardé la façon de faire des cainris, comme les Migos, ils rentraient  dans la cabine sans avoir rien écrit : juste une phrase, une petite vibe, et le reste sort tout seul. C’est ça que je fais en ce moment. »

Il semble qu’il y ait en ce moment une mode pour le rap sans substance, le rap festif où on ne fait que bouger la tête dans tous les sens. Aux USA aussi il y a des buzz dans le même genre que Gradur comme O.T Genasis, Bobby Shmurda ou O.G Maco. O.G Maco a d’ailleurs fait une déclaration très intéressante sur le sujet en déclarant au magazine Fader (Écoutez entre 0 : 41 min et  1min30) :

Pour ceux qui ne sont pas à l’aise avec la langue de Shakespeare voici ce que OG. Maco déclare (entre 0 : 41 min et  1min30) :

 » Les gens doivent comprendre que lorsque j’ai réalisé U guess it et que je l’ai écouté le lendemain matin j’avais l’impression de l’avoir fait en étant bourré. La première chose que j’ai dite c’est que c’est le titre le plus stupide que j’ai jamais réalisé. Quand mon entourage l’a écouté ils m’ont dit aussi que c’était de la m**de et qu’il fallait que je l’efface, mais je ne voulais pas car je savais que ça pouvait marcher. Les gens détestent quand je leur dit que ce titre est m**dique. Car les gens veulent kiffer sur le moment et ne pas réfléchir. « 

Mais il y a une différence entre O.G Maco et Gradur

En effet O.G Maco est à des années lumières d’être considéré comme la relève du Rap US et ne sera jamais une star comme Gradur l’est en France. Car aux USA le Rap va bien, très bien même. Les superstars du Rap, les gros vendeurs etc… s’appellent Kendrick Lamar ou J.Cole des artistes avec de vrais discours, une qualité lyricale etc.. etc…

Alors pourquoi en France ceux ne sont pas des rappeurs de qualité qui sont les leaders du Rap jeux ?

 Après une longue réflexion le succès de Gradur m’a amené à 2 constats :

 1. Je ne suis pas encore devenu un vieux con, mais une nouvelle génération de consommateurs Hip Hop est en train de prendre le pouvoir

La génération Like, cette génération qui a son smartphone greffé  à la main 24 heures sur 24, et qui peut faire de n’importe qui une star en quelques Retweet, Like et partage sur Facebook. Pas besoin d’avoir un très grand talent, si ce n’est :

La capacité à créer de l’émotion

Le succès de Gradur ne s’explique pas par ses qualités de rappeurs, mais par sa capacité à faire délirer et à ambiancer son public (et ça il faut l’avouer qu’il le fait très bien !). Le succès de Gradur est pour moi similaire au succès de ces deux personnes :

jaymax

Salomé et Jaymax

Ces deux jeunes « comédiens » cartonnent sur les réseaux sociaux avec des vidéos de ce genre :

https://www.youtube.com/watch?v=0O3ORkNGvXY

Jaymax a d’ailleurs grandement participé au succès de Gradur en partageant ses vidéos sur les réseaux sociaux. Comme pour le cas de Gradur je n’arrive pas à comprendre un tel engouement pour ces jeunes viners dont le succès me paraît complètement disproportionné par rapport à leur talent. Je n’ai rien contre ces deux jeunes, mais je suis juste dépassé par les évènements. Et apparemment je ne suis pas le seul :

 

Pour Gradur c’est la même chose. Son succès paraît totalement disproportionné comparé à son talent. Cette situation m’amène donc à ma deuxième réflexion qui est :

2. Ce n’est pas le Rap qui va mal, mais le Rap de ma génération qui va mal

Je m’explique :

Le rap a été considéré pendant des années comme un genre musical appartenant uniquement aux jeunes. Alors à chaque fin de cycle, les acteurs du rap cherchent à plaire à la nouvelle génération quitte à abandonner la génération précédente. Beaucoup de rappeurs, mais surtout les médias cherchent  à s’adapter à la nouvelle génération.

En conséquence la génération laissée pour compte ne se retrouve plus dans le rap ‘mainstream’ et s’éloigne soit en écoutant uniquement du ‘rap à l’ancienne’, soit elle se disperse en allant soutenir des artistes underground qui correspondent plus à leurs goûts. De plus entre 20 et 35 ans on a souvent d’autres problèmes à gérer que la vie des rappeurs, donc on y accorde de moins en moins de temps dans notre vie.

Et aujourd’hui c’est le rap de la génération née  dans les années 80 jusqu’au début des années 90 qui est mise au placard au profit de Jul, Maître Gims, Gradur etc. Le rap de cette génération va mal car il n’arrive plus à se faire entendre comme auparavant. Il y a encore quelques résistants et de beau succès comme Youssoupha, mais globalement elle a été complètement englouti par Gradur, Maitre Gims.

Alors quel est le rap de la fin des années 80 débuts 90’s ?

Pour l’expliquer je prendrais l’exemple du rappeur qui a su le mieux s’adapter aux générations, notre ami Booba. Booba a passé trois générations de fans de rap :

La  génération fin des années 70 début des années 80 :

Cette génération était très porté sur la qualité des textes et le discours, moins sur le côté entertainment. La génération qui a vécu le rap contestataire et qui ne validerais jamais un artiste au niveau textuel. Booba a su convaincre cette génération au début de sa carrière au sein de Lunatic et son premier album temps mort. Avec des titres de ce genre :

Booba a pu convaincre cette génération parce qu’il avait Ali avec lui. Ali étant le côté contestataire et réfléchi de Lunatic, et Booba le côté hyper ambitieux et avide de succès, son introduction a été possible. Si Booba aurait commencé directement en solo il aurait surement eu plus de mal à s’imposer car son style était nouveau et plus capitaliste.

 Le rap de la génération fin des années 80 débuts des années 90

Cette génération-là est la génération qui portait toujours une importance à la qualité des textes, mais c’est aussi beaucoup intéressé à la qualité des prods et du flow. Avec cette génération-là avoir une qualité des textes ne suffit pas. Il faut savoir être un entertainer.

Booba a su s’adapter à ça en sortant de gros titre à la fois au niveau textuel mais aussi au niveau de l’entertainment exemple avec :

La génération actuelle :

La génération d’aujourd’hui est beaucoup moins regardante sur la qualité des textes. C’est l’entertainement avant tout et la course aux millions de vues. Encore une fois Booba s’est adapté et aujourd’hui Booba n’a plus besoin de fouler au niveau des textes pour réussir :

Est-ce-que cela veut dire que la génération actuelle est plus bête, ne sait pas apprécié un rap de qualité et qu’il n’y a pas de jeunes rappeurs de qualité ?

Non ce n’est pas le cas parmi cette nouvelle génération beaucoup de jeunes ont une véritable oreille musicale et savent faire la différence entre ce qui est de qualité et ce qui ne l’est pas. Il y a beaucoup de jeunes artistes comme Georgio, Big Flow et Oli, Spri Noir,Tito Prince etc.. etc… qui ne pourrait pas réussir s’ils n’étaient pas soutenus par cette nouvelle génération. Non ce que je dis c’est que cette génération est pour le moment dominé par des jeunes vivant dans l’instantané, hyper connecté et préférant un rap à la Gradur.

Alors en conclusion le succès de Gradur prouve t-il que le Rap va Mal ?

La réponse est non. Le succès de Gradur prouve simplement qu’une nouvelle génération est en train de prendre le pouvoir une génération moins regardante sur la qualité des textes, et que si rien n’est fait le rap de la génération ‘crack babies’ comme dirait notre ami Kendrick Lamar est voué à tomber dans l’oubli…

Fin de l’article.

Et vous que pensez vous du succès de Gradur ?

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About Bous

Créateur du site Bstar. Passionné de sport, musique, et développement personnel. Adage préféré : Vie tes rêves au lieu de rêver ta vie !
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