Kendrick Lamar donnait dimanche soir le premier de ses deux concerts parisiens. Son show à l’AccorHotels Arena, le plus attendu de ce début d’année, confirme avec une énergie phénoménale que cet artiste mérite bien, à 30 ans, son statut de roi du hip hop.

C’est incontestablement l’affiche la plus excitante de ce début d’année. En tête d’affiche, Kendrick Lamar, consacré «meilleur rappeur du monde» par le bimensuel américain Rolling Stone. En première partie, le Britannique James Blake et sa pop électronique de haut vol. Cela se passait dimanche soir dans une Arena de Bercy gonflée à bloc, et cela se passera à nouveau lundi soir. Complets depuis plusieurs semaines, les deux concerts se déroulent alors que Lamar, déjà considéré comme la plus grande star américaine actuelle, est sous le feu de l’actualité. Il a reçu une brassée de récompenses lors de la dernière cérémonie des Grammy Awards – dont celle du meilleur album pour Damn – mais il vient de signer la bande originale du film Black Panther , qui met en scène un superhéros noir. C’est dire l’influence de ce type tout juste âgé de 30 ans sur la scène actuelle.

Malaxant soul, jazz et funk avec une virtuosité éblouissante, doté d’un débit époustouflant, Kendrick Lamar livre un show à la fois ultra-référencé et très personnel. Accompagné par des musiciens dissimulés au pied de l’immense scène, à cour, Lamar n’entend partager la lumière avec personne. Cet ego trip est le prix à payer dans l’esthétique hip hop, certes, mais on aurait apprécié davantage de partage, d’autant que les instrumentistes (on discerne une batterie, une basse, une guitare et des claviers) délivrent un son brutal, urgent et raffiné à la fois. Dans le public, on remarque plusieurs figures du hip hop français. Gaël Faye est venu, ainsi qu’Orelsan, très visible en Tee-shirt jaune, ne rechignant pas à poser pour des selfies avec ses fans.

Kimono, kung-fu et jeu vidéo
Il est 21H19 lorsque le rideau tombe, dévoilant une scène blanche immaculée. Lamar y surgit, sorti d’une trappe et vêtu d’une sorte de kimono blanc lui aussi. Les écrans géants diffusent des images conformes aux codes du hip hop: film de kung-fu et esthétique de jeu vidéo. Sauvage et félin à la fois, Lamar impose son charisme énorme dès les premières minutes. La foule est immédiatement conquise, qui lui réserve une ovation. La scénographie ne lésine pas sur les fumigènes. Le son est énorme, un homme en noir maniant un sabre danse avec l’artiste. Plus tard, une danseuse effectuera une poignée de chorégraphies, mais c’est bien Lamar qui occupe chaque mètre carré de l’espace. Le rappeur est doté d’une énergie phénoménale, qui lui permet d’enchaîner les tubes dans la première partie du spectacle.

«Je vous remercie tous d’être venus, lance-t-il. Cela faisait longtemps». Pour une poignée de titres, Lamar rejoint une petite scène placée au centre de la salle, comme le font depuis de nombreuses années les groupes de rock comme les Rolling Stones et U2. Immobile, il n’en est pas moins impressionnant. Le scintillement des portables tenus à bout de bras par les fans forment une manière d’auréole autour de lui, tandis qu’une cage pailletée lumineuse l’entoure et le surélève au-dessus du public. Là, au milieu de la foule compacte, Lamar savoure son triomphe sans partage.

En deuxième partie, les tempos ralentissent et Lamar interprète une poignée de ballades dans la lignée des grandes chansons de Prince, qui brûlait cette même scène trente ans avant lui. L’écran géant inclinable sur lequel sont projetées des vidéos est comme une tablette géante qui recouvre en partie la scène, la rendant plus intime. Le public scande le texte de Humble comme un seul homme, avec une ferveur et une puissance remarquables. En à peine une heure trente, le gamin de Compton, Californie, a fait la démonstration de sa domination sur l’ensemble de la sphère hip hop mondiale, sans s’économiser. Un beau tour de force.

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