Aujourd’hui sur Bstar on vous propose une critique du nouvel album d’A$AP Rocky : At.Long.Last.A$AP

Normalement annoncé pour le 2 juin, A$AP Rocky a été forcé d’avancer la date de sortie de son deuxième album At.Long.Last.A$AP après sa fuite sur internet. C’est donc le 26 mai qu’on a pu se mettre à écouter ce nouveau projet, qui marquera probablement l’année 2015.

A$AP Rocky a bien géré la com de cette sortie. Plus médiatique que d’habitude, il donne diverses interviews et distille au compte goutte les chansons de son album. Les premières impressions semblent encourageantes. En écoutant Everyday ou L$D, dur de ne pas attendre avec impatience la suite de Long.Live.A$AP. On aurait pu s’attendre à être déçu par le reste, mais pas du tout. Bien au contraire.

A l’approche de l’album, c’est la pochette qui interpelle en premier. Noire et blanche, un peu psyché, on remarque la tache sous son œil droit qui rappelle étrangement quelqu’un. Si vous ne vous en souvenez pas, A$AP Yams, éternel coéquipier de Rocky et créateur du A$AP Mob, est mort d’une overdose il y a quelques mois. Rocky rend ainsi hommage à son ami.

Le titre lui aussi interpelle. Toujours sur le même schéma que ses deux précédents projets, Rocky passe cette fois au At.Long.Last.A$ap, ou A.L.L.A comme appelé par ses fans. La référence à Allah est loin d’être due au hasard. Rocky explique qu’il signe avec ce 3ème projet, son retour en tant que « god MC« . Rakim, son prénom, lui a été donné par sa mère fan du duo légendaire Eric B & Rakim. Il termine l’interview en concluant qu’il comprend désormais son rôle, que c’était son destin de rapper et qu’il compte bien continuer le plus possible.
A$AP Rocky revient et il ne se contentera donc de nulle autre place que la première !

En analysant la tracklist, on remarque ensuite à quel point l’artiste de Harlem sait bien s’entourer. C’est en effet une vingtaine de personnes qui sont amenées à collaborer sur ce deuxième album, dont 17 autres rappeurs/ chanteurs !
Et tous les styles y passent. UGK, valeur sure du sud des US qui incarnant le dirty south, BONES, fleuron du mouvement underground Cloud Rap et les chanteuses FKA TWigs et M.I.A. aux univers si particuliers. Mais ce n’est pas tout, on retrouve aussi un bon nombre d’artistes aux talents sûrs (Kanye West, Schoolboy Q, Juicy J, Lil Wayne, Future, Miguel, Mos Def, etc…).

Il n’y a en fait qu’un artiste qui soit inconnu de tous. Qui est ce Joe Fox, présent sur 5 morceaux mais dont personne n’a jamais entendu parler ? Rocky explique quelques jours avant la sortie de l’album qu’en se balladant dans les rues de Londres vers 4 heures du matin, il tombe sur un musicien jouant dans la rue. Celui-ci chantait avec sa guitare pour vendre ses cds. Rocky aime sa musique, le lui dit puis lui propose de l’emmener avec lui en studio pour le faire enregistrer.

La chance, le karma, le destin,… Peu importe comment on appelle cela, Joe Fox était au bon endroit au bon moment et amène par sa présence et celle de sa guitare une touche acoustique à l’album. Le résultat de la rencontre entre les deux musiciens donne quelques très bonnes tracks comme Pharsyde.
Joe Fox dira de l’album qu’il est excellent et novateur. C’est d’ailleurs la première fois qu’on entend Rocky chanter, dans L$D.

Avant de lancer l’écoute, je me suis demandé si je n’étais pas en train de surestimer le disque et j’avais peur d’être déçu en l’écoutant. J’avais adoré L$D et Canal St., un peu moins Lord Pretty Flacko Jodye 2 mais j’avais l’impression de partir à la découvert d’un grand album. Pourtant je n’avais jamais vraiment compris la hype autour de Rocky et ses 2 précédents projets ne m’avaient pas plus emballés que ça.

Les prévisions se sont avérées juste. Au delà du rap, A$AP Rocky délivre un album musical d’une grande qualité. Il dépasse les frontières du hip-hop pour s’enfoncer dans un monde particulier ou tous les genres se mêlent.

At.Long.Last.A$AP est ce type d’album qui se suffit à lui-même. Les prods sont variées et les ambiances aussi. On passe du pur oldschool au cloud rap puis aux hits banger tout naturellement, comme si on suivait un fil.

C’est aussi un album à plusieurs niveaux. On l’écoute évidemment pour Rocky et son rap, mais on pourrait tout autant l’écouter pour sa musicalité, sa richesse instrumentale. Les productions sont extrêmement bien faites et collent parfaitement à l’univers de Rocky. Des prods comme Canal St., Fine Whine, L$D, Excuse Me, Pharsyde pourraient s’écouter toutes seules. Elles mettent en valeur son flow nonchalant qui met en valeur leurs richesses. On avait déjà entendu le premier couplet de Excuse Me dans le clip de L$D mais la chanson est transfigurée une fois écoutée seule. C’est typiquement le genre de nouveauté qui m’a plu dans cet album. Arrivé au refrain, on change complètement d’ambiance pour arriver dans un délire planant où le rappeur chante. Et ça passe bien !

Lord Pretty Flacko Jodye 2 ou Max B, les 2 bangers de l’album utiles pour réveiller un public en train de commencer à tripper. La musique est moins inspirante mais LPFJ2, c’est de l’énergie brute pour les matins vaseux.
Viennent ensuite les prods samplées, plus typées Kanye West : Jukebox Joint (qu’il a d’ailleurs produit) ou encore Wavybone.

En bref, c’est toute une palette de genre différents que nous présente Rocky et à part quelques chansons moins percutantes, ça fonctionne plus que bien.

En terme de lyricisme, Rocky ne fait pas mieux que les autres fois. On reste loin d’un « To Pimp A Butterfly »sur ce niveau. Mais At.Long.Last.A$AP se démarque dans d’autres domaines tout aussi importants comme l’ambiance, le flow, les productions ou la prise de risque due à ses changements de direction (ce que beaucoup de rappeurs ne font jamais). Tout cela fait sans aucun doute de At.Long.Last.A$AP son meilleur album. Au même titre qu’un Kanye West, ou qu’un Kendrick Lamar, Rocky sort avec At.Long.Last.A$AP son propre My Beautiful Dark Twisted Fantasy ou Good Kid, M.A.A.D City.

 Il ne fait donc pour moi aucun doute qu’on retrouvera cet album dans les meilleurs de l’année. Est-ce qu’il deviendra un classique ? Il est encore trop tôt pour l’affirmer. Peut-être le deviendra t-il, peut-être plutôt le prochain car avec ce deuxième album, Rocky s’ouvre de nouvelles portes (le chant, le cloud rap, etc…) et ça lui réussit. Il montre aussi qu’il n’a plus peur d’innover et d’apporter du changement. Qui sait quel potentiel il garde encore ?

Les morceaux à écouter :

– Canal St. (Feat. BONES)
– Fine Whine (Feat. M.I.A, Future, Joe Fox)
– L$D
– Excuse Me
– Electric Body (Feat. Schoolboy Q)
– Pharsyde (Feat. Joe Fox)
– Everyday (Feat. Miguel, Mos Def)
– M’$ (Feat. Lil Wayne)

Et vous que pensez vous de cet album ?

About Syx Maz

Hip-Hop saiyajin à l'écoute - https://soundcloud.com/syxmaz
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