Charles Ramsey est reconnue comme le Héros de L’Amérique. Mais il fait aussi le buzz sur le net pour une tout autre raison : le pauvre black au style bizarre qui fait marrer tout le monde

Charles Ramsey, l’homme qui a aidé à sauver les trois femmes de Cleveland présumées mortes après avoir été enlevées il y a dix ans, est devenu un mème d’Internet. Ce n’est pas très surprenant –—les interviews qu’il a données offrent de quoi créer une vidéo virale, des phrases mémorables («J’étais en train de manger un McDo») aux gestes enthousiastes.

Mais comme plusieurs journalistes l’ont remarqué, l’héroïsme de Ramsey a été éclipsé par la volonté du public de rire de ses étranges expressions, et c’est dommage.  Ramsey est la plus récente victime de la mode du voisin noir «hilarant», un type de célébrités Internet à leur insu dont l’intérêt vient apparemment de leur style «haut en couleurs», que l’on reconnaît immédiatement comme le ton des classes pauvres ou ouvrières.

Avant Ramsey, il y avait Antoine Dodson, qui a sauvé sa petite sœur d’un étranger entré dans sa maison et est ensuite devenu une star à cause de son compte-rendu très baroque de l’évènement. Et depuis Dodson, il y en a eu d’autres: Sweet Brown, une femme qui a à peine réussi à sortir de son immeuble pendant un incendie l’année dernière, et Michelle Clarke, qui n’arrivait pas à accepter qu’une pluie de grêle était tombée sur sa ville natale et est à son tour devenue la «nouvelle Sweet Brown».

Bien sûr, les reporters ont tendance à interviewer les témoins de crimes les plus loquaces —cela n’a rien de nouveau. Sur YouTube, on trouve un grand nombre de vidéos de personnes de toutes nationalités en train de dire des choses ridicules.

Par exemple, une femme a, mine de rien, fait référence à ses seins alors qu’elle parlait d’un accident local. Un autre homme a décrit un accident de voiture avec beaucoup de flair dramaturgique. Et un peu plus tôt cette année, un auto-stoppeur portant une hachette a atteint la célébrité de Dodson en racontant comment il a sauvé une femme d’un agresseur raciste.

Mais aucune de ces personnes n’a été transformé en blague comme Brown, Clark, et peut-être aujourd’hui Ramsey —aux Etats-Unis, on ne peut pas échapper aux échos de «Hide yo’ kids, hide yo’ wife» («Cachez vos gosses, cachez vot’ femme»), ni aux dizaines de millions de vues sur Youtube ou aux références faites dans d’autres vidéos virales, même dans des publicités.

http://youtu.be/udS-OcNtSWo

Il est difficile de regarder ces vidéos et de ne pas sentir que leur popularité a quelque chose à voir avec un désir persistant, bien qu’inconscient, de voir les personnes noires se donner en spectacle. Même avant que l’on connaisse l’héroïque Ramsey, beaucoup de personnes s’étaient dites inquiètes de constater que les rires dirigés vers des personnes comme Sweet Brown jouent des stéréotypes les plus basiques sur les Noirs, perçus comme des simples d’esprit qui parlent beaucoup, vivent dans le ghetto et sont complètement déphasés en comparaison avec l’Amérique éduquée.

Que l’on soit noir ou blanc, penser que Clark et Dodson sont simplement des drôles d’exemples de personnes pauvres qui disent n’importe quoi est au mieux très irrespectueux. Et dire qu’il ne s’agit pas d’une question de race revient à se mettre la tête dans le sable.

Le cas de Ramsey est particulièrement frappant, puisqu’il a lui-même fait référence aux questions de race. Décrivant le sauvetage d’Amanda Berry et des autres captives, il a dit:

«Je savais que quelque chose n’allait pas quand j’ai vu une jolie fille blanche courir dans les bras d’un homme noir. Quelque chose n’allait pas. C’était évident.»

Cette phrase spontanée semble gêner le journaliste qui l’interviewe, qui coupe court à leur entretien quelques moments plus tard. Et il est remarquable que parmi les choses les plus mémorables que Ramsey a dites à la caméra, ce soit cette sortie qui ait reçu le plus d’attention des internautes.

Ceux qui s’amusent de cette vidéo devraient s’arrêter quelques minutes et écouter ce que cet homme a à dire. Manifestement, il comprend une ou deux choses sur la manière dont nous n’arrivons pas à percevoir l’autre comme une personne digne d’être entendue.
Source : Slate

 

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Créateur du site Bstar. Passionné de sport, musique, et développement personnel. Adage préféré : Vie tes rêves au lieu de rêver ta vie !
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